Samedi 22 novembre 2008
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Comme chaque fin de mois, mon émission de radio a été diffusée sur les ondes de Radio Alpine
Meilleure. Comme chaque fin de mois, ces Toiles buissonnières sont disponibles à l'écoute ou en podcast sur mon site personnel.
Novembre, c'est vraiment le pire mois de l'année, enfin pour ceux qui partagent avec moi cette hémisphère de notre
planète. Changeling, le dernier film de Clint Eastwood, ne redonne pas vraiment le moral... mais au moins a-t-on la satisfaction d'en ressortir en ayant vu une œuvre
cinématographique et pas un énième produit commercial.
L'émission s'attarde donc sur ce film qui le mérite, mais aussi sur la carrière de son auteur. Au programme également,
les Stones par Scorsese avec la sortie en DVD de Shine a light et la poésie mélancolique de Wes Anderson qui nous fait traverser l'Inde À bord du Darjeeling
limited.
Et comme chaque mois, vous pouvez gagner une place de cinéma offerte par le Roc d'Embrun en découvrant un ou plusieurs
des westerns qui se cachent derrière le patchwork de bandes originales ci-dessous.
Bonne écoute et d'ici le mois prochain, n'oubliez pas de mettre des toiles devant vos yeux et des étoiles
dedans.
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Dimanche 16 novembre 2008
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15:03
Ça devient une habitude, une agréable habitude. Après des années passées à alterner les films d'auteurs et les films de commande, Clint
Eastwood n'a de cesse depuis cinq ans d'ajouter des œuvres majeures à sa filmographie. Changeling ne fait pas exception.
Christine Collins est mère célibataire dans le Los Angeles des années 20. En revenant de son travail un soir, elle ne retrouve plus son petit garçon de neuf ans. Après plusieurs mois de recherches,
la police lui annonce avoir retrouvé son enfant. Mais sa joie est de courte durée quand elle découvre que le marmot qu'on lui présente n'est pas son fils. Elle va alors remuer ciel et terre pour
faire admettre aux policiers leur erreur et rouvrir l'enquête.
On devine la jubilation de Clint Eastwood à la découverte de ce fait divers méconnu. Le combat de Christine Collins est de ces histoires vraies qu'on jugerait irréalistes si elles étaient écrites
par un scénariste. Mais au-delà de la caution de vérité, il y a dans le parcours de cette mère tous les ingrédients chers au réalisateur de "Impitoyable" : le combat inégal d'un individu contre un
groupe ou un système bien entendu, mais aussi le contexte, celui d'une société en perte de repères, dont les dirigeants qui sont censés la sortir du marasme l'entraînent au contraire dans le
gouffre.
C'est sans doute la plus
belle réussite du film. L'Amérique des années 20 et 30 y est dépeinte sans concession, dans toute son abjecte inhumanité. Corruption, abus de pouvoirs, arrangements avec la loi, internements
arbitraires... la police est la principale victime de ce réquisitoire. Mais la description de l'asile et des traitements réservés aux "aliénées" est tout aussi édifiant. Sans jamais renoncer à la
fluidité et au classicisme de sa mise en scène, Eastwood en offre une vision quasi documentaire qui fait froid dans le dos et rappelle le "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman.
Et puis il y a l'horreur du fait divers. Une vingtaine d'enfants enlevés par un psychopathe sans que la police, trop occupée à prendre la place de la pègre locale, ne s'inquiète de quoi que ce
soit. Il faut le courage d'un enfant, et ce n'est pas anodin dans le cinéaste qui nous avait ébloui avec "Un monde parfait", pour que l'affaire soit exhumée.
Au milieu de ce maelström, Christine Collins avance, telle une Vierge rédemptrice en charge d'assainir cette société décadente. C'est le côté mystique de l'auteur qui a néanmoins le bon goût de ne
jamais alourdir ce propos. Malgré la présence aux côtés de cette mère d'un pasteur radiophonique (magistral John Malkovitch), la religion n'apparaît qu'en filigrane, par petites touches. Tout juste
Eastwood se permet-il un travelling arrière en plongée lors de la découverte des enfants.
Tout aussi fort que "Million dollar baby" et Mystic River" dans son propos, "Changeling" a la bonne idée de moins sombrer dans le pathos que le premier et d'offrir une fin plus incertaine que le
second. Grâce à un scénario qu'il a lui-même co-écrit, le réalisateur évite tous les écueils qui auraient pu plomber son film d'une morale de bon aloi. L'exécution par pendaison, par exemple, est
loin d'être propre et n'apporte aucun soulagement. Et la comptine entonnée par la condamné au moment de mourir ajoute encore au malaise.
Et si la simplicité
apparente de la mise en scène installe au début du film une certaine distance, ce n'est que pour mieux entraîner le spectateur dans le combat de cette femme blessée mais digne. À chacune des
épreuves rencontrées, à chacune des victoires remportées, on se prend à souffrir et vibrer aux côtés de cette héroïne populaire. Pour tous les sentiments qui s'en dégagent, "Changeling" est
assurément un grand film, et déjà un classique.
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Samedi 15 novembre 2008
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Je n'ai vu aucun de ces deux films, mais je vais tout de même en parler. Pas parce que je pratique la même activité que bon nombre de
critiques - surtout littéraires il est vrai - qui s'évertue à parler d'une œuvre sans en connaître le contenu... mais parce que mon propos est ici de parler de la forme de l'affiche et pas du fond
du film.
Or donc, "Vilaine" et "Mesrine, l'ennemi public n° 1" créent la polémique. Dans les deux cas, ce sont les affiches qui sont visées. Pour le premier, c'est la SPA qui est à l'origine du débat. La
Société protectrice des animaux déplore que le personnage principal du film soit sur le point de mettre un chat dans une poubelle. Elle s'inquiète de l'impact d'une telle image sur des "personnes
fragiles" et du traumatisme qui pourrait s'abattre sur les enfants qui entretiennent une relation privilégiée avec leur animal de compagnie.
Foutaises ! Non seulement ces assertions sont ridicules, mais elles laissent entendre que le public n'est pas assez intelligent pour saisir de l'humour quand il en croise. Qu'il soit de bon goût ou
de mauvais goût n'est pas la question. Un auteur a bien le droit de tourner en dérision ce qui lui chante, libre à chacun ensuite de trouver cela drôle ou pas.
Ce genre d'opprobre jetée sur un film qui n'espérait certainement pas autant de publicité est malheureusement symptomatique de notre époque. Le nombre de sujets sur lesquels il est interdit de
plaisanter va grandissant, la plupart du temps remisés au placard par une auto-censure ambiante qu'il est de bon ton d'adopter pour se fondre dans le moule de la pensée unique.
La forme dénonciatrice adoptée par la SPA est moins dangereuse puisque moins insidieuse. Il est donc plus facile de la refuser. L'accepter serait en tout cas suicidaire et ouvrirait la voie à
toutes sortes de prises de position péremptoires de la part de tous les groupes et associations en charge de la défense de telle ou telle cause. Sans parler des animaux, il serait alors impossible
pour les humoristes de tout poil de rire des politiques, des polis, des tiques, des vieux, des juifs, des chauves, des barbus, des cravates à rayures, des journalistes et, plus généralement, des
hommes et des femmes. À ce train là, on ne pourra bientôt plus rire des cons pour peu qu'une association de protection de la connerie voit le jour. Pourtant, elle n'est pas vraiment en
danger...
Quant au 4x3 de Mesrine, il afficherait une parenté choquante avec celui du film de Mel Gibson. Accuseraient-on les producteurs du film de plagiat ? Il faudrait alors regarder ladite affiche de "La
passion" à l'aune de celle de "La dernière tentation du Christ" de Scorsese pour se rendre compte que l'intégriste australien n'a rien inventé. C'est plus vraisemblablement la posture christique de
Mesrine qui gène sur cette affiche. Le visage en sang, la tête reposant sur la poitrine, un buisson de cheveux couronnant le tout, tout concourt en effet à l'iconification du personnage.
Le producteur Thomas Langmann
récuse toute volonté de cette nature dans le choix de l'affiche; il a tort. Tort parce que la symbolique est trop évidente pour que personne ne s'en soit rendu compte avant la diffusion de l'image;
tort parce que, si le parallèle est contestable, il constitue en lui-même un choix artistique fort qui gagnerait à être pleinement assumé.
Non Mesrine n'est pas Jésus. Mais rapprocher la mort du premier de celle du second n'est pas interdit. On peut être d'accord ou pas, et c'est justement tout l'intérêt de se situer hors du
consensus. Le rôle de l'artiste n'est pas de montrer le monde tel qu'il est ou tel qu'il pourrait plaire au plus grand nombre, mais de l'éclairer d'un nouveau jour pour interpeller notre
humanité.
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